Marine Chosson a évolué pendant plus de 25 ans dans le domaine du logement social. En mars 2021, un AVC ischémique du côté gauche a bouleversé sa vie, tant sur le plan professionnel que personnel, entraînant une hémiplégie droite et redessinant profondément la trajectoire qu’elle imaginait pour la fin de sa carrière.
Elle a mis trois ans pour retrouver la quasi-totalité de ses facultés. Cette période de convalescence s’est achevée en 2024 par un licenciement pour inaptitude, marquant une étape difficile de sa vie professionnelle. Depuis, elle ne supporte plus aucun stress et ne peut rester concentrée plus de trois heures d’affilée, au-delà desquelles une sieste est nécessaire pour récupérer. Cette expérience lui a fait prendre conscience d’une réalité souvent méconnue : le handicap reste la première cause de discrimination à l’embauche.
Aujourd’hui sortie de son congé longue maladie, Marine est engagée dans un processus de reconstruction, à la fois physique et intérieure. Elle avance pas à pas, avec lucidité et détermination, acceptant les chutes comme des apprentissages et transformant la persévérance en force. Partager son parcours à travers des témoignages et l’écriture, et s’investir dans des associations liées aux handicaps invisibles et à la prévention, lui permet de continuer à s’exprimer, à transmettre et à exister pleinement, tout en respectant les limites imposées par la fatigabilité.
Quel est votre plus gros défi actuel ?
Avoir suffisamment d’énergie pour réussir à convaincre dans mon combat pour le ré-accueil. On ne peut pas parler de crise de recrutement et se passer de personnes qui sont compétentes, qui ont de l’expérience et de l’envie. Ne pas devenir naïve mais trouver l’équilibre pour que l’inclusion soit une réalité ET une … REUSSITE.
Quelle est la mission de L’AVanCée ?
Elle est plurielle. D’une part, j’utilise mon vécu de la pathologie et interviens en tant que Patient Expert pour aider d’autres personnes victimes d’AVC, mais aussi j’anime des ateliers d’éducation thérapeutique avec les soignants.
D’autre part, j’interviens comme conférencière sur les aspects de ré-accueil en entreprise suite accidents de vie ou maladie chronique. Pour soutenir les conférences, j’ai créée une exposition sur le Handicap Invisible : « Au delà des apparences… »
Comment les dirigeants peuvent-ils s’assurer que les salariés se sentent en confiance pour parler de leur handicap, même invisible, sans craindre de stigmatisation ou de conséquences sur leur carrière ?
En me faisant intervenir (sourire !). Trêve de plaisanterie, en prônant le FAIRE au niveau de l’Inclusion et pas seulement le DIRE. C’est à dire, en rédigeant des procédures de ré-acceuil, en nommant des référents Inclusion ou Handicap, en valorisant les histoires de vie. Les moyens sont nombreux, mais il faut de l’authenticité pour que les personnes qui reviennent se sentent sécurisées et en confiance.
L’entreprise et les équipes sont plus performantes lorsque la diversité fait partie de l’équation.
Dans votre conférence, vous parlez beaucoup de vulnérabilité. Comment ce point est-il appréhendé par les dirigeants eux-mêmes ? Comment peuvent-ils apprendre à se connaître, accepter leurs limites et prendre soin d’eux, tout en dirigeant et en inspirant leurs équipes ?
Dans toute ma carrière, j’ai appris qu’un dirigeant, un manager, un « porteur de sens » se doit d’être exemplaire pour que les équipes puissent s’identifier.
Je me croyais Superwoman, et lorsque j’ai eu mon accident, on m’a renvoyé que tout ce que j’avais mis en place pour le bien-être des salariés, ne m’avait pas bénéficié. Comment ai je pu faire l’erreur de croire que je n’avais pas besoin de gérer mon stress, de séparer Vie Pro/Vie Perso, de prendre soin de moi pour réussir à prendre soin des équipes, etc…
J’ai du « taper le mur » pour le comprendre, mais cela m’a permis de trouver les clefs pour que la prise de conscience se fasse. Etre vulnérable n’est pas un vilain mot, c’est une humanité partagée, et un levier de performance formidable pour l’entreprise.
Que venez-vous chercher aux Sommets ?
Je viens y chercher des rencontres, de l’innovation, des gens qui osent, se lancent, testent et innovent. Je viens me resourcer dans un environnement où le partage prend tout son sens, où l’inclusion et la performance se côtoient, où on peut parler de vulnérabilité sans avoir honte et où la performance peut s’allier avec bienveillance et humanité.