le 27 février 2026 8 minutes

Jean Michel Karam – Multi-entrepreneur, auteur, juré de Qui veut être mon associé ? (M6)

Pour comprendre son parcours, il faut regarder d’où il vient.

Jean-Michel Karam naît au Liban, dans un pays marqué par la guerre. L’instabilité n’est pas une exception : c’est le quotidien. Rien n’est garanti. L’avenir ne se prévoit pas, il se conquiert. Très tôt, il comprend que les conditions idéales n’existent pas — il faut avancer malgré elles.

Il grandit dans une famille modeste. Ils sont quatre enfants. Au Liban, la scolarité représente environ 10 000 euros par an et par enfant : près de 40 000 euros annuels pour ses parents. Un sacrifice immense. Cette réalité forge en lui une urgence : réussir vite pour protéger les siens.

À 20 ans, il quitte son pays. Non pas pour fuir, mais pour bâtir. La France devient son nouveau point de départ. Il y étudie l’ingénierie, rejoint le CNRS et se spécialise dans les microsystèmes électromécaniques, un domaine d’exigence absolue où chaque détail compte. Il y apprend la rigueur, la vitesse, l’excellence.

Mais la recherche ne lui suffit pas. Il veut transformer, créer, industrialiser.

En 1997, il fonde MEMSCAP. L’entreprise sera introduite en bourse en moins de trois ans. Une ascension fulgurante pour celui qui est arrivé avec 50 euros en poche.

Plus tard, il applique la technologie au vivant. À la peau. À l’individu. Avec IOMA, il introduit la mesure et le diagnostic dans la cosmétique, défendant une conviction simple : chaque peau est différente, chaque soin doit l’être aussi.

Avec IEVA Group, il structure cette vision en un écosystème où technologie, beauté et bien-être convergent pour proposer une approche plus intelligente — et plus humaine — de la beauté.

Aujourd’hui, membre du jury de Qui veut être mon associé ? et auteur de La réussite est en vous, il partage une conviction forgée par l’expérience : la réussite n’est pas une accumulation. C’est un alignement.

Il ne parle pas de succès comme d’un sommet à atteindre, mais comme d’un chemin à tenir.
Un enchaînement de décisions.
De risques assumés.
Et de fidélité à ses convictions.

 


Q1/ Vous vous décrivez comme “un enfant de la guerre”. En quoi cette enfance au Liban a-t-elle façonné votre ambition ?

Quand on grandit dans un pays en guerre, la notion de sécurité n’est pas abstraite. “Mettre les siens à l’abri” n’est pas une formule inspirante, c’est un objectif vital.

Je viens d’une famille modeste. Mes parents se sont sacrifiés pour que nous fassions des études. Nous étions quatre enfants. Au Liban, la scolarité représente environ 10 000 euros par an et par enfant, même dans les petites classes. Cela signifiait près de 40 000 euros par an pour une famille modeste. Un effort financier colossal. Ils ne vivaient pas pour eux. Ils vivaient pour notre avenir.

Très tôt, j’ai compris que je n’avais pas le droit à la lenteur. J’étais dans une course contre le temps. Je voulais réussir vite pour protéger les miens. Cette urgence a structuré toute ma trajectoire.

 

 

Q2/ Cette “course contre le temps” explique-t-elle la vitesse exceptionnelle de votre parcours académique et entrepreneurial ?

Oui, totalement.

J’ai terminé mon doctorat en deux ans et trois mois alors qu’il en faut généralement cinq. J’ai dirigé des thèses alors que j’étais moi-même doctorant. Cela a créé des tensions, mais je n’étais pas dans une logique académique classique. J’étais dans une logique d’accélération.

Ensuite, j’ai créé mon entreprise et nous l’avons introduite en bourse en moins de trois ans, pour plusieurs centaines de millions d’euros.

Tout allait vite. Très vite. Parce que dans ma tête, le temps était compté.

 

 

Q3/ À l’époque, vous assumiez vouloir “faire beaucoup d’argent”. Pourquoi l’affirmer aussi frontalement ?

Parce que c’était honnête.

J’entendais des discours d’entrepreneurs qui disaient vouloir être “leur propre patron”. Je n’y ai jamais cru. Un dirigeant rend des comptes à ses investisseurs, à ses équipes, à ses clients. Il n’est le patron de personne, il est au service d’un système.

Moi, je disais clairement : je veux créer de la valeur et gagner beaucoup d’argent. Mes investisseurs parlaient le même langage. Ils cherchaient la performance, moi aussi.

Mais avec le temps, j’ai compris que l’argent est une mesure comparative. Si vous gagnez 100 millions et moi 101, j’ai “gagné”. C’est un jeu.

Et je vois la vie comme un jeu stratégique, à grande échelle.

 

 

Q4/ La disparition de votre mère semble avoir profondément transformé votre définition de la réussite…

Oui. J’ai perdu la première bataille.

J’avais construit vite, fort, haut. Mais elle est partie avant de voir pleinement le résultat de ses sacrifices. J’ai traversé une période de remise en question.

Puis j’ai compris que je n’avais rien à me reprocher. J’avais tout donné. Mais cela m’a obligé à reconsidérer ce que signifiait “réussir”.

Aujourd’hui, je le dis simplement :

La réussite, c’est être heureux.

Tout le reste est un marathon. Les chiffres, les valorisations, les classements… ce sont des indicateurs, pas une finalité.

 

 

Q5/ Comment définiriez-vous ce bonheur dans la vie d’un entrepreneur ?

Être heureux, c’est vivre aligné avec ses convictions.

Si vous entreprenez pour impressionner, pour répondre aux attentes sociales, pour nourrir un ego, vous vous perdez. Si vous entreprenez en cohérence avec ce que vous croyez juste, alors même les difficultés ont du sens.

Ma mère me répétait une phrase qui m’a marqué :

“Ne cours pas derrière l’argent. Il court plus vite que toi.
Cours derrière les grandes réalisations, l’argent sera une conséquence.”

Je suis arrivé à Paris avec 50 euros. Je n’ai pas poursuivi l’argent, j’ai poursuivi des projets ambitieux. L’argent est venu.

 

 

Q6/ Vous défendez une vision exigeante de l’éthique en affaires. Est-ce réellement compatible avec la performance ?

Non seulement c’est compatible, mais c’est stratégique.

Sur le court terme, certains peuvent sembler gagner en trichant ou en spéculant. Mais une carrière entrepreneuriale est un match long.

Ma dernière acquisition s’est jouée face à des acteurs financièrement plus compétitifs que moi. Certains payaient davantage, en cash, avec moins de contraintes. Pourtant, ils m’ont choisi.

Pourquoi ? Parce que la réputation compte. Parce que la constance, la loyauté, la solidité sur la durée deviennent des actifs immatériels puissants.

L’éthique n’est pas naïve. Elle construit la confiance. Et la confiance est un accélérateur économique.

 

 

Q7/ Vous comparez souvent l’entrepreneuriat au sport de haut niveau. Pourquoi cette métaphore ?

Parce que l’entrepreneuriat est une Ligue des Champions permanente.

Quand c’est dur, je me dis : “Tu joues au plus haut niveau. Tu crois que les matchs seront faciles ?”

Chaque décision est engageante. Chaque erreur coûte cher. Chaque victoire est temporaire.

Si vous voyez cela comme un jeu stratégique, le stress devient une énergie. Vous jouez la compétition globale, pas un match isolé.

 

 

Q8/ Vous affirmez que la France a besoin d’entrepreneurs pour se transformer. Quel message souhaitez-vous adresser aux dirigeants présents aux Sommets ?

Je crois profondément que les entrepreneurs sont des acteurs clés de transformation.

Un entrepreneur ne peut pas mentir longtemps. S’il ment, il disparaît. Il est confronté au réel. Il doit créer de la valeur, résoudre des problèmes, fédérer des équipes.

Il faut aussi changer la représentation. Beaucoup pensent qu’il est plus facile de devenir une star du football qu’un grand entrepreneur. Statistiquement, c’est faux. Mais culturellement, nous valorisons le sportif et nous méfions du patron.

Des émissions comme Qui veut être mon associé ? ont contribué à rapprocher les Français des entrepreneurs, à montrer leur humanité.

Mon message aux dirigeants est simple :

Ne soyez pas obsédés par l’argent. Construisez quelque chose d’utile, de solide, de durable. L’argent suivra.

La bienveillance, la gentillesse, l’honneur ne sont pas des faiblesses. Ce sont des forces puissantes sur le long terme.

La vie est un match long.
Le championnat se gagne sur la durée.

 

 

 

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