le 26 janvier 2026 10 minutes

Pierre FRANCIS – Co-fondateur de Vitalliance et CEO de CIXI

Dans un monde où la mobilité quotidienne rime souvent avec sédentarité (embouteillages, transports passifs, manque d’activité), Pierre Francis a choisi de penser tout autrement. Et si nos déplacements devenaient une source de bien-être, d’énergie et de santé ? C’est de cette idée simple mais profonde qu’est née CIXI, une entreprise française qui réinvente la mobilité active.

Diplômé de l’EDHEC, Pierre Francis est un entrepreneur chevronné. Après un début de carrière et une première entreprise développée dans les technologies de l’information, bien avant l’essor d’Internet en France, il cofonde en 2003 Vitalliance, une société d’aide à domicile qui est rapidement devenue un leader national, rassemblant 10 500 collaborateurs et générant 300 millions d’euros de chiffre d’affaires. Aujourd’hui, il reste administrateur et associé cofondateur de cette entreprise qui transforme profondément le secteur.

Fort de ces expériences, Pierre Francis met en 2014 sa vision et son énergie au service d’un défi qui le passionne : intégrer l’activité physique dans nos vies quotidiennes surchargées. C’est ainsi qu’en 2016 naît CIXI, avec une ambition claire : transformer les trajets du quotidien en moments d’activité consciente et bienfaisante.

Au-delà de l’innovation technologique — comme le système de pédalage électronique sans chaîne PERS ou le véhicule VIGOZ capable de rouler jusqu’à 120 km/h tout en étant propulsé par l’effort humain — ce qui distingue Pierre Francis, c’est son management guidé par ses convictions. Du management à la communication, de la gestion du temps long aux objectifs stratégiques, tout dans l’entreprise reflète ses valeurs. Cette approche lui permet de mobiliser ses équipes autour d’une vision claire et partagée, et de créer une culture d’entreprise où innovation, engagement et responsabilité collective vont de pair.

Sous sa direction, CIXI a réuni des talents venus du monde entier et obtenu des reconnaissances fortes, notamment le soutien du plan France 2030 pour accélérer l’industrialisation de ses innovations en Haute-Savoie. Pour Pierre Francis, l’entreprise n’est pas seulement un projet industriel ou commercial : c’est une conviction profonde, que la mobilisation des talents, l’innovation intelligente et l’alignement sur des valeurs fortes peuvent transformer la mobilité, la santé et l’environnement au quotidien.

 

 

CIXI réinvente la mobilité quotidienne en la transformant en source de bien-être et d’énergie. Pouvez-vous nous expliquer comment cette vision se traduit concrètement dans vos produits, vos services et vos choix stratégiques ?

Les équipes de CIXI sont animées par l’envie de créer de nouvelles expériences et de nouveaux moyens de déplacements, moins sédentaires, plus actifs. Nous voulons résoudre le paradoxe de la voiture, qui en ouvrant les horizons géographiques au plus grand nombre, nous a en même temps enfermé dans la sédentarité.

Nous sommes organisés en trois Business Units : Le Vigoz, véhicule actif pour pédaler vite (jusqu’à 120 km/h) et même sur autoroute,  la technologie PERS qui simplifie le vélo en supprimant sa chaîne et l’écosystème cloud Active Pilot pour gérer en un clic la sécurité et la maintenance de tous ces véhicules.

Le coeur de CIXI est le Vigoz, à ce jour le seul véhicule actif capable de challenger la voiture pour les trajets longue distance. Cette activité est un investissement lourd (50 M€) et long (15 ans), qui nécessite une technologie de rupture au niveau du pédalage pour pouvoir gérer une variabilité de vitesse de 0 à 120 km/h.

Le PERS est cette technologie de rupture. Et comme il est plus rapide de l’amener sur le marché (3 ans) que le Vigoz, cette technologie va nous permettre de financer une large partie du Vigoz dès 2027.

Enfin, avec le PERS, nous avons développé un écosystème digital puissant (qui comprend par exemple les clefs digitales de tous les véhicules équipés de PERS) qui a vocation à devenir notre centre de profit cloud et grâce auquel le PERS résistera mieux à une concurrence future bon marché en termes de hardware.

 

 

Chez CIXI, vous recrutez différemment. Quelles qualités ou principes recherchez-vous chez vos collaborateurs pour qu’ils s’intègrent et prospèrent dans votre culture d’entreprise ?

La moyenne d’âge de CIXI est de 30 ans, et nous avons 12 nationalités. Cet attrait pour les jeunes générations internationales tient à la qualité de vie à Annecy et à la qualité de notre mission d’entreprise.

Pour sélectionner nos équipiers nous sommes exigeants :

    • Premier entretien avec les managers d’équipes,
    • puis envoi d’un test créé par chaque équipe qui recrute. Le candidat entrant dispose de 3 jours avant son 2eme entretien pour préparer sa copie de soutenance du test. En moyenne ce test demande 10h de travail de préparation au candidat. C’est un bon moyen pour filtrer les candidats insuffisamment motivés.
    • Dans certains cas (doute de l’équipe), un 3eme entretien peut avoir lieu avec un membre du comité de direction.

Les éléments clefs de tous ces profils candidats que nous cherchons :

    • humilité
    • motivation intrinsèque (donc pas l’argent)
    • capacité d’apprentissage, d’adaptation et d’évolution, même sur les postes de production.

 

 

Vous avez également fondé Vitalliance, qui a connu une croissance impressionnante pour atteindre plus de 10 500 collaborateurs. Comment faites-vous pour rester connecté à vos équipes et préserver un management cohérent dans une organisation de cette taille ?

L’exercice est délicat mais je suis aidé par plusieurs facteurs :

J’ai été opérationnellement présent dans Vitalliance 11 années de 2003 à 2014. Du coup, au niveau du terrain, j’ai recruté et travaillé avec énormément de collaborateurs, qui sont toujours là même si souvent à des postes différents. Notre relation étant excellente, c’est une fondation solide pour interagir aujourd’hui encore avec eux. Et je veille à maintenir des relations équilibrées avec chacun aujourd’hui encore.

Ces années passées au plus près de l’action et du terrain m’ont aussi permis d’acquérir une très bonne connaissance du métier en lui-même et de son environnement en France.

Mon titre de cofondateur, longtemps président, est une aide supplémentaire quand je rencontre des nouvelles têtes dans les équipes.

Aujourd’hui j’interviens en tant que simple administrateur du groupe mais je passe régulièrement voir les équipes de l’agence d’Annecy et du siège social à Courbevoie (Paris) pour donner des avis qui restent ‘éclairés’ par le terrain.

 

 

Dans un monde où les pressions opérationnelles et commerciales sont fortes, comment faites-vous pour que vos choix restent cohérents avec vos principes fondateurs ?

Je prends soin de recharger mon potentiel de joie de vivre !

Une excellente recette pour celà, c’est de skier (nordique) en accompagnant / encadrant les jeunes du club de ski nordique des Dragons d’annecy une fois par semaine l’hiver – et de pratiquer 3 à 4 fois par semaine de la course à pied en trail  dans la montagne derrière ma maison.

Je passe aussi du temps tous les jours à m’entraîner (méditation) pour devenir un meilleur être humain.

Enfin, je  passe beaucoup de temps à échanger avec les coéquipiers de l’aventure Cixi pour que tout le monde soit engagé dans une mission partagée – je ne veux pas et ne peux pas porter tout seul le poids de CIXI et relever tous les défis que nos innovations exigent.

 

 

L’innovation est aujourd’hui un enjeu majeur pour toutes les entreprises. Selon vous, quelle approche managériale favorise la créativité et le développement de solutions nouvelles ? Comment cette philosophie se traduit-elle concrètement chez CIXI ?

Si on parle ici d’innovation fondamentale (pas incrémentale), je pense qu’il faut les ingrédients suivants à minima :

  • une personne en charge du projet à la fois qui incarne très fortement le projet (qui se l’approprie complètement) et en même temps qui dispose d’une très grande latitude de décision pour le mener à bien; cette personne doit disposer d’un très gros capital ‘pouvoir’ formel et informel.

  • un budget souple (rarement à la baisse!), plus ou moins indépendant des aléas du reste de l’entreprise, ou en tout cas labellisé projet stratégique fondamental. En gros, le board ou le fondateur de l’entreprise doit le soutenir directement et sur le temps long.

C’est donc une île au milieu du traditionnel pilotage par KPIs… et c’est très difficile à accepter par un conseil d’administration ou un codir “classique”.  Une autre façon de le dire, ce projet ‘île’ ne peut réussir que parce que le porteur du projet dispose de cet énorme capital confiance / pouvoir dans l’entreprise que j’ai mentionné précédemment.

 

 

Beaucoup d’entreprises affichent des valeurs, mais peu parviennent à les transformer en pratiques concrètes. Selon vous, quels enseignements ou conseils donneriez-vous à un dirigeant qui souhaite structurer son entreprise de manière cohérente autour de principes forts, tout en restant performant ?

Travaillez sur vous même.

Approfondissez votre spiritualité. Ce deuxième point paraît souvent “bizarre” dans notre référentiel culturel “business” mais il est pour moi le catalyseur le plus puissant et le plus durable d’une équipe performante et par conséquent d’une entreprise qui s’adapte et qui réussit dans le temps… et dans la joie.

Pratiquez tous les jours ce que ce travail sur vous même et cet entraînement spirituel vous suggèrent.

Dans une équipe comme avec nos  enfants, nos ‘travers’ ou nos errements comportementaux nous coûtent  très chers en destruction de lien entre les personnes, en destruction de l’esprit d’équipe et en qualité de vie et de bonheur pour les autres comme pour soi même. A contrario, une équipe dans laquelle enthousiasme, compétence et énergies positives s’alignent est le meilleur gage de réussite.

Concrètement, je m’applique par exemple les conduites suivantes :

Ne pas faire aux autres ce que je ne souhaite pas que l’on me fasse.

Incarner mes paroles dans mes actes: je fais ce que je dis et je dis ce que je fais.

 

 

Les Sommets rassemblent des leaders et des talents autour de réflexions et d’échanges inspirants. Qu’espérez-vous y apprendre et quels enseignements ou expériences pensez-vous pouvoir transmettre aux participants ?

Pour ce qui est d’apprendre, je ne sais pas… et c’est là tout le plaisir de la découverte et de l’inconnu auquel je suis particulièrement sensible.

Pour ce qui est de transmettre, il est probable que ce que je sois le plus à même de partager c’est de l’énergie positive pour avancer et/ou passer à l’action :-).

 

 

 

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