Alex Jaffray – CEO Start-Rec, compositeur, chroniqueur musique
Tout commence par une note de piano.
Une note qui plane au-dessus d’un stade, glisse sur les toits de Paris, s’accroche à une voix mythique – « J’ai deux amours… mon pays et Paris ».
Puis le son enfle, s’embrase, convoque orchestre, percussions, synthés, silences aussi. Les corps s’élancent, les images vibrent, l’émotion déborde. En quelques secondes, la musique raconte ce que les mots seuls ne pourraient jamais dire. C’est précisément là qu’opère Alex Jaffray : là où le son rend visible l’invisible.
Compositeur pour le cinéma et la télévision (Claude Lelouch, Pascal Chaumeil, Laurent Tuel…), créateur d’identités sonores pour des marques et des médias majeurs (Renault, BNP, EDF, Veolia, Citroën, TF1, France Télévisions…), il façonne depuis plus de vingt ans des bandes-son qui marquent, qui installent une émotion durable, qui restent en tête.
Publicités, films, séries, événements, signatures de programmes emblématiques (Stade 2, Scènes de ménages, On n’est pas couché…), son terrain de jeu est vaste, mais son exigence reste la même : faire sens avant de faire du bruit.
En 2002, il cofonde l’agence sonore Start-Rec avec Domitille Mahieux et Gilles Facérias avec une approche artisanale et stratégique du son : comprendre une intention, une histoire, une identité, puis la traduire en musique.
Parce qu’il aime autant transmettre que créer, Alex Jaffray est aussi le visage, et la voix, de la musique à la télévision. Chroniqueur musical dans Télématin sur France 2, il partage chaque matin sa passion pour les bandes originales et offre au public des rencontres rares avec Ennio Morricone, Hans Zimmer, Alexandre Desplat, Lalo Schiffrin, Sting ou Lenny Kravitz.
Curieux, pédagogue, showman assumé, Alex Jaffray parle de musique comme d’un langage universel, capable
d’influencer nos émotions, nos décisions, nos souvenirs.
Il y a quelques années, il signe la signature sonore des Sommets. Depuis, elle n’a cessé d’accompagner l’événement et
Alex aussi. Car chez lui, rien n’est jamais tout à fait par hasard : le son est toujours une histoire qu’on choisit de
raconter.
En tant que fidèle des Sommets, qu’est-ce qui vous donne envie de revenir chaque année ?
D’abord, j’adoooore les anniversaires. 10 ans ça se fête !
A chaque édition, j’ai appris, j’ai grandi grâce à de belles rencontres. Et puis ces quelques jours en altitudes sont toujours très chaleureux.
Vous êtes à l’origine de la signature sonore des Sommets, présente depuis plusieurs années. Vous dites souvent que la musique sert à « montrer l’invisible » : qu’avez-vous cherché à rendre perceptible à travers cette composition, et que dit-elle selon vous de l’ADN de l’événement ?
Nous avons traduit les valeurs des « Sommets » en musique, en essayant de nourrir la surprise, l’étonnement, tout en capitalisant sur des sons cristallins pour évoquer la glace et l’altitude. Et avec une ligne mélodique mémorisable qui se marie avec un arrangement musical évènementiel pour conserver un effet TADAAA !
Ces derniers mois ont été très riches pour vous, entre grands événements, marques iconiques et projets très exposés. Quelle réalisation récente vous rend le plus fier, et pourquoi ?
Nous avons la chance d’être l’agence sonore de Renault Group, et la dernière campagne Clio « The muse » a été un vrai challenge, nous sommes très fiers d’avoir pu synchroniser et retravailler un titre de New Order. Dans les belles compétitions remportées de cette année, il y a l’identité de France Télévisions que nous avons décliné sur toutes les chaines du groupe.
On parle beaucoup d’IA et de nouvelles technologies dans la création musicale. Comment abordez-vous ces évolutions chez Start-Rec : menace, outil ou terrain de jeu ?
Quand nous utilisons l’IA, c’est pour éprouver nos créations, ou pour les challenger.
Quand nous cherchons une déclinaison sur une identité, nous avons parfois recours à l’IA pour investiguer le champ des possibles. Mais aucune création issue directement de l’IA générative ne sort de chez nous. Nous l’utilisons plutôt comme un béta testeur d’idées en parallèle de nos créations.
Mais je pense que nous sommes à l’aune d’un monde créatif encore inconnu, vivement la suite !
Vous passez d’un film à une publicité, d’une signature sonore à une chronique télé. Comment votre posture de créateur évolue-t-elle selon les contextes ?
Dans tous les cas, je raconte une histoire, avec des notes ou avec des mots.
Je me mets toujours à la place de l’auditeur : qu’est-ce qu’il aimerait entendre, pour être étonné ou rassuré.
Avec Start-Rec, vous avez développé une expertise reconnue en composant pour le cinéma, la télévision et des marques emblématiques. Comment faites-vous pour créer des identités sonores fortes et immédiatement reconnaissables ?
ahah, j’ai combien de temps devant moi ?
1/3 de stratégie, 1/3 de création, 1/3 d’intuition et 1/3 de « je ne sais quoi » (oui, ça fait 4 tiers).
Chaque projet a son parcours singulier, mais nous nous appliquons à travailler en équipe, aussi bien sur la réflexion que
la création. Nous privilégions les ping pong créatifs.
Cette année, vous interviendrez de nouveau aux Sommets en tant que speaker. Quel message clé souhaitez-vous transmettre aux dirigeants sur le rôle stratégique de la musique et du son dans l’expérience humaine et organisationnelle ?
Le son est au centre des prises de paroles des marques. La force d’une bande son ou d’une identité sonore est maintenant intégrée dans la réflexion des annonceurs, plus la réflexion sur le territoire sonore d’une marque est pensé en amont, plus le résultat est impactant.
